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fév 13

Hit The Road Jack

Déjà la nuit est tombée sur l’East End, le smog, ce brouillard épais, généré par les fumées crachées par les cheminées de la révolution industrielle, renforce l’atmosphère lugubre de ce quartier de Londres. Dans ces sombres ruelles mal pavées, semées d’ornières boueuses, les passants ne s’attardent guère. Pressant le pas, ils craignent d’être dépouillés par des brigands attendant leurs proies, postés dans l’ombre d’un recoin. Ici et là, des chants étouffés parviennent de tavernes enfumées où, autour des prostituées, un monde interlope se regroupe chaque soir. Nous sommes dans les bas fonds de Londres, en pleine période victorienne, au milieu du XIX e siècle, dans l’Angleterre de Dickens et de Jack l’éventreur. L’East End est un faubourg (hors des murs) de Londres à l’est des murailles médiévales au nord de la Tamise. Cette appellation du XIXe  siècle, péjorative au début, contraste avec le West End des élites. Durant cette période, ce lieu, formé à l’origine de plusieurs villages entourés de cultures, s’est profondément urbanisé au cours des vagues d’immigration successives ainsi que par l’arrivée d’un grand nombre de ruraux à la recherche d’embauche. En l’espace d’un siècle, la surpopulation de l’East End a engendré pauvreté, maladies et criminalité. Les bas salaires d’ouvriers travaillant dans des industries polluantes boutées hors de la City, comme le tannage et le foulage, avec de mauvaises conditions de travail dans les ateliers de confection ou lors d’embauches occasion nelles dans les docks contribuent à la paupérisation de ces quartiers. Au XXe  siècle, de concert avec l’apparition des premiers syndicats et l’émergence des consciences, la réhabilitation progressive de cette partie de Londres s’enclenche.

De nos jours, l’East End a bénéficié de nombreuses rénovations urbaines et est devenu une destination privilégiée pour les affaires, mais l’ombre d’Oliver Twist y plane encore et toujours

JPC