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Avr 07

Le saviez-vous? 2018

Tout le monde n’a pas la chance de s’appeler Eiffel

Sur sa discrète tombe au Père-La­chaise, des mains anonymes déposent parfois un ticket de métro : Fulgence Bienvenüe, dessinateur, créateur et bâtisseur du métro parisien.

Si Gustave, l’icône, a dressé fièrement sa tour dans la ciel de la Capitale, Fulgence, le dis­cret, a tissé sa toile cachée dans le ventre de Paris, ne partageant son nom que sur une station de métro ‘Montparnasse Bienvenüe’. Si on oublie le tréma de ce patronyme prêtant à confusion, on pourrait croire à un message d’accueil adressé aux Bretons débarquant dans la capitale.

Fulgence Marie Auguste Bienvenüe, né en 1852 à Uzel (côte du Nord) est nommé ingé­nieur des ponts et chaussée en 1875. Il se distingue par des réalisations techniques dans la construc­tion de lignes de chemin de fer dans le centre ouest. En 1881, un accident lui coûte son bras gauche : « On a expulsé mon bras » dira-t’il. Monté à Paris en 1884, il supervisera la construc­tion de la ligne de chemin de fer de l’est, le percement de l’avenue de la République, la construction du funiculaire de Belleville, l’aménagement du parc des Buttes Chaumont et les travaux importants amélio­rant l’alimentation en eau potable de la capi­tale, rien de moins !

En 1895, il réalise, avec Edmond Huet, le pro­jet d’un réseau de chemin de fer métropolitain à voie étroite et traction électrique. Depuis 1850, la bataille fait rage entre les compagnies ferroviaires partisanes de la prolongation des gares parisiennes et la ville de Paris qui sou­haitent un service local adapté aux habitants. Le choix du métro, conforme au style de vie de la capitale, demeure un emblème de la réussite d’une démocratie locale. Bienvenüe présente son projet définitif qui est adopté le 9 juillet 1897. Sous sa direc­tion les travaux sont lancés le 4 octobre 1898 rue de Rivoli. Colossal chantier, point de tun­nelier, sont creusées d’immenses tranchées à partir de la surface, on peine à imaginer les embarras que cela a pu causer. La ligne n°1 est inaugurée le 19 juillet 1900 pendant l’Exposition Universelle et connaît un succès populaire immédiat. Les tra­vaux reprennent en 1904, les lignes 2 et 3 sont achevées en 1910. Bienvenüe consacrera presque toute sa vie à l’exten­sion du métro. Une dernière anecdote croustillante à son propos : de nombreuses ba­garres au couteau éclataient entre ouvriers de diverses provinces. Les cou­teaux étaient indispensables alors pour cou­per les grosses miches de pain rondes accom­pagnant le déjeuner. Bienvenüe demanda à un boulanger parisien de confectionner un pain qui puisse être coupé à la main, et supprima les couteaux. Parmi toutes les théories sur la naissance de la baguette, celle ci semble la plus étayée. Bienvenüe meurt à Paris le 3 août 1936, un jour après Blériot. Son oeuvre changea à jamais la vie des Parisiens même si c’est avec des tours Eiffel dorées que les touristes repartent. • JPC